« Ajoutez du schema pour être cité par ChatGPT. » Le conseil revient souvent depuis l’arrivée des IA, parfois comme une recette indispensable du GEO. Les données structurées sont pourtant tout sauf nouvelles, et les tests disponibles sont loin de confirmer cette promesse. On fait le point.
Points clés
- Les données structurées, c’est du SEO classique : Google s’en sert depuis 2009 pour enrichir ses résultats. Rien de nouveau avec l’IA.
- Quand Ahrefs a suivi 1 885 pages qui en ont ajouté, leurs citations dans ChatGPT et l’AI Mode de Google n’ont pas bougé de façon mesurable.
- Elles restent utiles pour les résultats enrichis de Google, et Microsoft dit s’en servir pour ses IA. Mais ce n’est pas un levier miracle pour être cité.
C’est quoi, les données structurées ?
C’est un petit bout de code ajouté à une page, invisible pour le visiteur, qui décrit son contenu aux machines. Par exemple : cette page est une recette, elle se prépare en 30 minutes, elle a reçu 120 avis. Le vocabulaire le plus utilisé s’appelle schema.org, d’où le surnom de « schema ». Google recommande le format JSON-LD, tout en acceptant aussi Microdata et RDFa.
Concrètement, voici à quoi ressemble un balisage JSON-LD pour une entreprise fictive. Il se place dans le code HTML de la page, et le visiteur ne le voit pas :
<script type="application/ld+json">
{
"@context": "https://schema.org",
"@type": "Organization",
"name": "Boulangerie Dupain",
"url": "https://www.example.com",
"logo": "https://www.example.com/logo.png",
"telephone": "+33 1 00 00 00 00",
"address": {
"@type": "PostalAddress",
"streetAddress": "12 rue de l'Exemple",
"postalCode": "75000",
"addressLocality": "Paris",
"addressCountry": "FR"
}
}
</script>Chaque ligne dit à la machine ce qu’est l’information : le nom, le site, le logo, le téléphone, l’adresse. Rien de plus. Et ces mêmes informations doivent aussi figurer dans le texte visible de la page.
Rien de nouveau, c’est du SEO depuis 2009
Le 12 mai 2009, Google lançait les « rich snippets », ces résultats enrichis avec des étoiles, des prix ou des dates. Il lisait déjà le balisage des pages pour les afficher. Et il prévenait déjà : baliser sa page ne garantit pas d’obtenir un résultat enrichi.
Le 2 juin 2011, Google, Bing et Yahoo! créaient ensemble schema.org, un vocabulaire commun pour baliser les pages.
Aujourd’hui encore, la documentation de Google présente les données structurées comme un moyen d’aider Google à comprendre une page et d’obtenir des résultats plus attractifs. Elle ne les présente pas comme un facteur de classement.
Pourquoi on vous les vend pour l’IA
L’argument vient surtout d’une corrélation. D’après une analyse d’Ahrefs, les pages citées par les IA ont presque trois fois plus de chances d’avoir du JSON-LD que les autres, et 53 % des pages citées en ont.
Sauf que Ahrefs le dit lui-même : les sites qui ajoutent des données structurées sont aussi ceux qui soignent leur SEO technique, publient des contenus solides, obtiennent des liens et se classent bien. Les pages citées cochent beaucoup de cases à la fois. Rien ne dit que c’est le schema qui fait la différence.
Ce que disent les tests
Ajouter du schema ne fait pas bouger les citations
Pour aller au-delà de la corrélation, Ahrefs a suivi 1 885 pages qui ont ajouté du JSON-LD entre août 2025 et mars 2026. Il a comparé leurs citations dans les 30 jours avant et après, face à des pages témoins qui n’en ont jamais ajouté. Résultat, publié en mai 2026 :
- ChatGPT : +2,2 %, impossible à distinguer de zéro.
- AI Mode de Google : +2,4 %, impossible à distinguer de zéro.
- AI Overviews de Google : -4,6 %, une petite baisse réelle mais qu’Ahrefs ne peut pas attribuer clairement au balisage.
L’étude a ses limites, et Ahrefs les liste. Toutes les pages étaient déjà très citées par les IA, donc elle ne dit rien des pages encore invisibles. Tous les types de balisage sont mélangés, la fenêtre de 30 jours peut rater des effets lents, et seul le JSON-LD présent dans le HTML a été testé. À noter aussi, Ahrefs vend les outils qui produisent ces données.
Les IA lisent-elles vraiment le schema ?
Deux tests récents ne disent pas tout à fait la même chose.
- En octobre 2025, searchVIU a créé une fausse page produit avec des prix placés à différents endroits : dans le texte visible, uniquement dans le JSON-LD, dans un balisage caché. Aucun des cinq outils testés (ChatGPT, Claude, Perplexity, Gemini et l’AI Mode de Google) n’a repris les prix présents uniquement dans le JSON-LD. Ceux qui ont trouvé des prix les ont pris dans le texte visible.
- En février 2026, le consultant Mark Williams-Cook a placé l’adresse d’une entreprise fictive uniquement dans du JSON-LD, en plus non valide. ChatGPT et Perplexity ont quand même retrouvé l’adresse. Sa conclusion : ils lisent le balisage comme du simple texte, pas comme des données structurées.
Ce sont de petits tests, et les outils évoluent vite. L’auteur du test searchVIU précise d’ailleurs que le schema peut encore jouer un rôle ailleurs, au moment de l’indexation ou de l’entraînement des modèles. Mais dans les deux cas, le schema n’a rien d’un passe-droit. Au mieux, il est lu comme le reste du texte.
Ce qu’en disent les moteurs, juges et parties
Google : pas nécessaire pour l’IA, utile pour les résultats enrichis
Le guide de Google sur la recherche IA, mis à jour le 10 juillet 2026, est clair : les données structurées ne sont pas nécessaires pour apparaître dans ses fonctionnalités d’IA, et aucun balisage spécial n’est requis. Il conseille quand même de les garder pour être éligible aux résultats enrichis.
Ces résultats enrichis évoluent d’ailleurs au gré de Google. Le 12 juin 2025, il a abandonné sept types de balisage jugés peu utilisés, en précisant que ça ne changeait rien au classement. En août 2023, il avait réduit l’affichage des FAQ, avant de le supprimer complètement en mai 2026. Nous détaillons cette histoire dans notre article sur la FAQ balisée et les IA.
Microsoft : le schema aide ses IA
En mars 2025, à la conférence SMX Munich, Fabrice Canel, de Microsoft Bing, a confirmé que le balisage schema aide les modèles de langage de Microsoft à comprendre les contenus. C’est la seule déclaration claire d’un éditeur d’IA que nous avons trouvée. On ne sait pas ce qu’il en est chez OpenAI, Perplexity ou Anthropic.
Ce qui marche vraiment
- Garder les données structurées pour ce qu’elles font de façon documentée : les résultats enrichis de Google encore pris en charge, et la compréhension par Bing.
- Baliser uniquement ce qui est visible sur la page. Google le demande, et un balisage qui ne correspond pas au contenu ne sert à rien.
- Mettre les informations importantes dans le texte visible. C’est ce que les IA lisent en premier quand elles consultent une page.
- Ne pas payer un « audit schema GEO » en espérant être cité par ChatGPT. Les données ne montrent pas d’effet.
Les données structurées sont un bon outil SEO depuis plus de quinze ans. Elles ne sont pas devenues magiques avec l’IA.
Sources
- Google Search Central, Introducing Rich Snippets (12 mai 2009)
- Google, Introducing schema.org (2 juin 2011)
- Google Search Central, Introduction to structured data markup (mis à jour le 10 décembre 2025)
- Google Search Central, guide d’optimisation pour l’IA générative (mis à jour le 10 juillet 2026)
- Ahrefs, We Tracked 1,885 Pages Adding Schema. AI Citations Barely Moved. (11 mai 2026)
- Search Engine Roundtable, ChatGPT & Perplexity Treat Structured Data As Text On A Page (6 février 2026)
- Search Engine Journal, Google Retires 7 Structured Data Features (12 juin 2025)
- Search Engine Land, Microsoft Bing Copilot use schema for its LLMs (20 mars 2025)
- searchVIU, Schema Markup and AI in 2025: What ChatGPT, Claude, Perplexity & Gemini Really See (2 décembre 2025)