Depuis que Google l’a nommé en mai 2025, le « query fan-out » revient souvent dans les conseils pour être visible dans les IA. Le terme décrit un mécanisme bien réel, que les moteurs et les IA documentent eux-mêmes. Mais l’idée n’est pas neuve, et ce qu’elle change pour un site est plus modeste qu’on ne le dit.
Points clés
- Google a nommé le query fan-out en mai 2025, mais il reformule les requêtes depuis longtemps : en 2010, son système de synonymes intervenait déjà dans 70 % des recherches.
- ChatGPT, Gemini, Claude et Perplexity découpent eux aussi la question en plusieurs recherches, dont la forme change d’un mois à l’autre.
- Créer une page par sous-requête, Google le range dans le spam : la réponse reste de couvrir un sujet en entier.
C’est quoi, le query fan-out ?
Le 20 mai 2025, en annonçant AI Mode, Google expliquait qu’il utilise une technique de « query fan-out » : il découpe la question en sous-thèmes et lance de nombreuses recherches en même temps. Sa version poussée, Deep Search, peut lancer « des centaines de recherches ».
Dans la version française de son guide sur la recherche par IA, Google parle de « requêtes ramifiées », générées par le modèle pour obtenir davantage de résultats pertinents. Son exemple : pour savoir comment traiter une pelouse envahie par les mauvaises herbes, l’IA peut aussi chercher « meilleurs herbicides pour la pelouse », « éliminer les mauvaises herbes sans produits chimiques » ou « comment éviter les mauvaises herbes dans la pelouse ».
Selon sa page sur les fonctionnalités d’IA, les AI Overviews comme AI Mode peuvent utiliser cette technique. Google ne publie aucun chiffre sur le nombre habituel de sous-recherches.
Google reformulait déjà les requêtes en 2010
Le nom est récent, l’idée beaucoup moins. Le 19 janvier 2010, Google présentait sur son blog son système de synonymes, fruit de plus de cinq ans de recherche. Exemple : pour la recherche « pictures developed with coffee », une page qui parle de « photos » reste pertinente. Selon Google, ces synonymes intervenaient déjà dans 70 % des recherches, « en coulisses », sans que l’internaute le voie.
Autrement dit, le moteur ne cherchait déjà plus seulement les mots tapés. Il élargissait la requête pour trouver les pages qui y répondent. Hummingbird en 2013, puis BERT en 2019, ont poursuivi dans la même voie, comme le raconte l’article sur le SEO conversationnel. Le query fan-out va plus loin, puisqu’il lance plusieurs recherches distinctes, mais il prolonge une logique vieille de plus de quinze ans.
Toutes les IA le font
Google a donné un nom au mécanisme, mais il n’est pas le seul à l’utiliser. Les autres éditeurs décrivent la même chose dans leur documentation.
- OpenAI (ChatGPT). Selon sa page d’aide, ChatGPT « réécrit » généralement la question en une ou plusieurs recherches ciblées. Dans son exemple (en anglais), une question sur les médicaments ciblant CCR8 contre le cancer devient d’abord « CCR8 immunotherapy drug development 2025 », puis des recherches plus précises.
- Google (Gemini). Sa documentation pour les développeurs indique que le modèle génère « une ou plusieurs requêtes » et les lance automatiquement.
- Anthropic (Claude). Sa documentation précise qu’une question factuelle simple demande en général une à trois recherches, et une comparaison « dix ou plus ».
- Perplexity. Sa Pro Search « découpe votre question en étapes plus petites ».
Ce que montrent les études
Les sous-recherches de ChatGPT varient selon la version, et changent vite
Contrairement à celles de Google, les sous-recherches de ChatGPT peuvent être observées par des outils tiers. Deux éditeurs d’outils SEO les ont analysées.
- En octobre 2026, Ahrefs a étudié 15 millions de sous-recherches, issues de 66,6 millions de réponses de la version gratuite de ChatGPT, utilisée sans compte, en août et septembre 2026. Seulement 14,4 % des réponses en contenaient, avec en moyenne 1,6 sous-recherche par réponse concernée. Ahrefs précise que les sessions gratuites cherchent moins que les versions payantes ou les modèles de raisonnement. Les autres études qu’il compare trouvent bien plus de sous-recherches, jusqu’à 7,6 par question pour Nectiv, qui interrogeait ChatGPT par son API.
- Selon Peec AI, qui vend un outil de suivi de ces recherches, la longueur moyenne des sous-recherches de ChatGPT a doublé entre octobre 2025 et janvier 2026, d’environ 6 à environ 12 mots, sur 20 millions de recherches. Leur nombre par question, lui, est resté stable.
Le nombre et la forme des sous-recherches dépendent donc de la version de l’IA et de ses réglages. Ahrefs le dit lui-même : OpenAI change « constamment » la façon dont ChatGPT va chercher l’information, et ses chiffres ne valent que pour un modèle, sur deux mois.
Ahrefs et Peec, qui vendent tous deux un outil de suivi de ces recherches, en concluent qu’il faut les surveiller de près. On peut en tirer la conclusion inverse : courir après des formulations qui changent d’un modèle à l’autre, et qui doublent de longueur en quatre mois, n’a pas de sens.
Les IA citent des pages absentes du top 10
Plusieurs études d’Ahrefs montrent que les IA citent de plus en plus de pages absentes du top 10 de la question d’origine.
- En juillet 2025, Ahrefs trouvait que 76 % des pages citées dans les AI Overviews étaient dans le top 10. Il ne regardait alors que les trois premières citations de chaque réponse.
- En mars 2026, il trouvait 38 %, sur un échantillon plus large et en comptant toutes les citations. Ahrefs précise aussi avoir amélioré sa façon de détecter les citations entre-temps. Les deux chiffres ne se comparent donc pas directement.
- En août 2025, sur 15 000 questions, Ahrefs trouvait que pour ChatGPT, Gemini et Copilot, seulement 6 à 9 % environ des liens cités étaient dans le top 10 de Google pour la même question. Perplexity faisait exception avec 28,6 %.
Pour expliquer cet écart, Ahrefs avance le fan-out : les pages citées seraient celles qui ressortent sur les sous-recherches. Mais il le présente lui-même comme une hypothèse.
Ce qu’on ne sait pas
- Quelles sous-recherches lance l’IA de Google : il ne les publie pas, et son guide précise qu’aucun outil tiers n’a accès à ses systèmes internes. Les outils qui affichent des sous-recherches « Google » les reconstituent.
- Si apparaître sur les sous-recherches fait vraiment citer une page : le lien entre fan-out et pages citées hors du top 10 reste une hypothèse d’Ahrefs, en partie brouillée par ses changements de méthode.
Le piège : une page par sous-requête
La tentation est grande de créer une page pour chaque sous-question possible. Par exemple, une page « meilleurs herbicides pour la pelouse », une autre « quel herbicide choisir pour sa pelouse » et une troisième « herbicide pelouse efficace » : trois pages presque identiques pour un seul besoin.
Google l’interdit noir sur blanc. Son guide précise que créer un contenu distinct pour chaque variante de recherche, requêtes ramifiées comprises, essentiellement pour manipuler ses classements ou les réponses de son IA, enfreint ses règles sur l’utilisation abusive de contenus à grande échelle. Il ajoute que c’est inefficace sur le long terme, car un grand nombre de pages ne rend pas un site meilleur.
Ce qui marche vraiment
Que l’hypothèse d’Ahrefs se confirme ou non, la réponse reste du SEO :
- Couvrir une intention de recherche en entier sur une même page, avec les questions qui l’entourent, plutôt que de répartir sur plusieurs pages des formulations proches d’une même question. Une page à part ne se justifie que pour une autre intention, que la page principale ne peut pas traiter en détail, et qui mérite un vrai contenu.
- Organiser ses contenus en page pilier et pages de détail : une page principale qui fait le tour du sujet, puis une page par intention plus précise qui mérite d’être approfondie, reliées entre elles par un maillage interne dans les deux sens. Rien de neuf là non plus : l’agence de Bruce Clay décrivait déjà en 2005 ces regroupements de pages thématiques sous le nom de « silos », et HubSpot les a popularisés en 2017 sous celui de « topic clusters ».
- Se servir des sous-recherches comme d’idées, comme les « Autres questions posées » de Google, pas comme d’une liste de pages à produire.
Le query fan-out ne change pas les règles du SEO. Il rappelle simplement qu’un moteur, IA ou pas, cherche la page qui répond le mieux à toutes les facettes d’une question.
Sources
- Google, Helping computers understand language (19 janvier 2010)
- Google, AI Mode in Google Search: Updates from Google I/O 2025 (20 mai 2025)
- Google Search Central, guide pour optimiser les fonctionnalités d’IA générative (mis à jour le 13 juillet 2026)
- Google Search Central, AI features and your website (mis à jour le 10 décembre 2025)
- Google AI for Developers, Grounding with Google Search (mis à jour le 13 octobre 2026)
- OpenAI, Searching the web with ChatGPT
- Anthropic, Web search tool
- Perplexity, Getting started with Perplexity
- Ahrefs, How ChatGPT Does Query Fan-Out (12 octobre 2026)
- Peec AI, ChatGPT fan-outs have doubled in length in 4 months (données d’octobre 2025 à janvier 2026)
- Ahrefs, 76% of AI Overview Citations Pull From the Top 10 (21 juillet 2025)
- Ahrefs, Update: 38% of AI Overview Citations Pull From The Top 10 (2 mars 2026)
- Ahrefs, Only 12% of AI Cited URLs Rank in Google’s Top 10 for the Original Prompt (11 août 2025)
- Bruce Clay, Back to Basics: Theming Through Siloing (newsletter de mai 2005, version archivée)
- HubSpot, Topic Clusters: The Next Evolution of SEO (10 mai 2017, version archivée)